Identifiez-vous

Belgique : le momment de bouger!

Home > Forum > Forum Appel aux Sans Voix > Forums Appel Aux Sans Voix > Belgique : le momment de bouger!
Belgique : le momment de bouger!

agress
Inscrit le 24-03-2007
40 messages
» voir le profil
message #11125 | Posté le 05-11-2007 | Lien permanent
La Belgique est sans gouvernement... ce serait pas le momment idéal pour bouger? Simple proposition, et dailleurs si on bouge, que se passerait-il?
Il n'y a ni Enfer, ni Paradis, il n'y a que ce que l'on construit...
 

arrouch
Inscrit le 07-11-2007
12 messages
» voir le profil
message #11196 | Posté le 08-11-2007 | Lien permanent
voila une brochure qui parle des emeutes de 2001 en kabilie...

Jaime Semprun
Apologie pour linsurrection algérienne

"Il me semblerait plus satisfaisant, pour ma part, puisquil sagit dhommes qui se sont illustrés par des actes, quon ne les honorât quavec des actes [...]. Il est difficile en effet de trouver pour les célébrer les mots justes, quand la réalité des faits nest pas toujours admise sans peine. Lauditeur bien informé et favorablement prévenu risque, étant donné ce quil attend et ce quil sait, dêtre déçu par ce quil entend. Et celui qui nest pas au courant pourrait bien par jalousie, soupçonner quelque exagération, là où on lui parle dactions qui dépassent ses possibilités. Léloge des actions dautrui nest supportable que dans la mesure où lon se croit soi-même capable de faire ce quon entend louer. Une action dépasse-t-elle nos forces, des lors lenvie engendre le scepticisme."
Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse.

I

Quevedo a dit des Espagnols "Ils ne surent pas être des historiens, mais ils en méritèrent." Cela est resté vrai de leur révolution de 1936 lhistoire en a été écrite par dautres. Il est trop tôt pour écrire lhistoire de linsurrection qui a commencé au printemps 2001 en Algérie, mais il nest pas trop tard pour la défendre ; cest-à-dire pour sattaquer à lépaisse indifférence, bouffie dinconscience historique, dont elle est en France lobjet.

Pour illustrer la grandeur et la portée de ce soulèvement, il suffira de relater les actes des insurgés et de citer leurs déclarations. Rapprochés selon leur signification la plus universelle et la plus vraie, les faits dessinent deux-mêmes un tableau dont se dégage une terrible moralité : la dignité, lintelligence et le courage des insurgés algériens accablent labjection dans laquelle survivent les habitants des pays modernes, leur apathie, leurs mesquines inquiétudes et leurs sordides espérances.

Cest au cri de "Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts !" que pendant plusieurs semaines les jeunes émeutiers se sont battus contre les forces de police et la gendarmerie. Réduits létat de morts-vivants par la société algérienne, ils savaient quil leur fallait la détruire pour commencer de vivre. ("Nous répondrons au néant par lanéantissement de ses géniteurs", déclarait en juillet lun deux.) à partir du 21 avril, principale ment en Kabylie, mais aussi à partir du 10 juin à Khenchela (dans les Aurès), du 11 à Skikda (au nord de Constantine) et du 16 dans tout lest du pays (à Oum El Bouaghi, Batna, Tébessa, Biskra, El Tarf, etc.), ils ont dressé : des barricades, coupé des routes, pris dassaut des gendarmeries et des commissariats ; ils ont attaqué un siège de préfecture (à Tébessa, alors que deux ministres se trouvaient à lintérieur), incendié ou saccagé nombre de tribunaux (aux Ouacifs le palais de justice, tout juste terminé, a été réduit en cendres), des recettes des impôts, des postes et des locaux de sociétés publiques, des sièges de partis politiques (au moins trente-deux), des banques, des bureaux de la Sécurité sociale, des parcs communaux, etc. La liste est forcément incomplète, et serait-elle complète quelle ne donnerait encore quune faible idée de lampleur du mouvement. Mais on voit tout de même que les insurgés avaient entrepris de nettoyer le terrain de toutes les "expressions matérielles de létat". (Il fallait la civique bêtise du Monde diplomatique pour blâmer suavement les émeutiers de parachever ainsi la dégradation du "service public" et se demander Si, ce faisant, "la foule des laissés-pour-compte" ne participait pas "à son propre affaiblissement".)

Quand les peuples reviennent de la soumission, rien nest plus supporté de ce qui était jusque-là ordinaire. Cest, après tant dautres assassinats commis impunément par les policiers et les militaires, celui dun lycéen de Béni Douala, le 18 avril, qui a provoqué trois jours plus tard les premières émeutes. à Amizour, près de Béjaïa, la population se soulève le 22 après larrestation arbitraire de trois lycéens. à Khenchela, le 10 juin, un sous-officier qui parade au volant dune "grosse cylindrée" interpelle de façon méprisante une jeune femme. Pris à partie par les jeunes du quartier accourus pour la défendre, il sexclame : "Mais quest-ce qui vous prend aujourdhui ?", et sentend répondre : "Plus rien nest pareil."

Il est rossé, son véhicule détruit. Une heure plus tard, il revient avec une trentaine de soldats en civil, armés de fusils dassaut. Après une bataille rangée, les militaires doivent se replier, mais lémeute gagne toute la ville : des barricades sont dressées, la mairie, le siège des impôts, celui de la Sonelgaz, la préfecture et deux "grandes surfaces" sont saccagés au cri de : "Cest ainsi que font les Chaouis !" La ville entière est dévastée.

Et quand lordinaire de loppression nest plus supporté, cest lextraordinaire qui devient normal. Pendant ces semaines, ces mois, il ne sest guère écoulé de jour sans que soit attaquée ou harcelée une brigade de gendarmerie ; et le plus souvent plusieurs. Les casernes ont été assiégées, un véritable blocus imposé aux gendarmes, les contraignant à des raids de pillage pour se ravitailler. Ceux qui acceptaient davoir avec eux la moindre relation, fût-elle simplement commerciale, ont été boycottés, mis en quarantaine et punis. Des hôtels ont ainsi été incendiés, de même que des villas, des cafés, des restaurants, des magasins, pris pour cible parce quils appartenaient à des prévaricateurs ou affairistes divers. Si les destructions furent nombreuses, les pillages proprement dits semblent avoir été assez rares. Ainsi, par exemple, à Kherrata le 23 mai, les importants stocks de marchandises découverts au domicile dun ex-officier de la gendarmerie furent immédiatement brûlés sur place. Chacun exprimant ses griefs, cest à propos de logement, deau, de nuisances industrielles, daccaparements de toutes sortes que les corrompus ont été systématiquement désignés à la vindicte publique et traités en canailles. Pour commencer à sattaquer aux problèmes vitaux que pose à tous le délabrement du pays, il fallait bien sûr sattaquer dabord à ceux qui empêchent de les prendre en charge. La population réglant ainsi ses comptes avec les responsables quelle avait sous la main, ce furent surtout les maires qui en subirent les effets. Mais au-delà de ces escarmouches, cétait le projet dune complète expropriation des expropriateurs qui prenait forme. Encore marquée par certaines ambiguïtés qui allaient bientôt être levées par la rupture avec les syndicalistes, une déclaration du comité populaire de la wilaya (préfecture) de Béjaïa affirmait le 7 juillet à ladresse du pouvoir : "Vos gendarmes, symboles de la corruption, ne servent quà tuer, à réprimer et à trafiquer. Cest pour cela quils doivent partir immédiatement. Quant à notre sécurité, nos valeureux comités de vigilance sen occupent à merveille : ils sont notre fierté." Elle poursuivait en rappelant que les problèmes des citoyens "sont pris en charge par nos délégués de quartiers, de villages et des délégués syndicaux qui fonctionnent dans une assemblée appelée comité populaire. Nest-ce pas cela la démocratie directe ?"

Linsurrection, ou du moins son organisation la plus avancée, est restée principalement cantonnée à la Kabylie. Il faut cependant parler dune insurrection algérienne, car les insurgés kabyles eux-mêmes nont eu de cesse de laffirmer telle, de chercher à létendre et de refuser le déguisement berbériste que voulaient leur faire endosser leurs ennemis comme leurs faux amis.

Il est bien inutile de sinterroger, à la façon dune "commission denquête" gouvernementale ou de journalistes en mal de déclamations moralisantes, sur la part quaurait eue dans le déclenchement des émeutes une activité provocatrice particulière de la gendarmerie ; comme si lexistence de létat algérien et de sa répression sanglante nétait pas une provocation permanente ; et comme si la population avait besoin de justifications spéciales pour se soulever. Les insurgés ont repris le terme de hogra par lequel les Algériens désignent larbitraire du pouvoir, les privilèges et la corruption, le mépris dont ils sont lobjet. Sen prendre à la hogra, cétait en réalité sen prendre à létat lui-même. Que resterait-il dun état sans privilèges ni corruption, auquel seraient interdits larbitraire et le mépris ? En Algérie presque rien, encore moins que partout ailleurs le seul service public qui ait jamais réellement marché dans ce pays ; depuis quarante ans, cest la torture, complétée par lassassinat politique. Tout en conspirant lun contre lautre pour sapproprier le pouvoir et la rente pétrolière à laquelle il donnait accès, les gangs étatiques nont à aucun moment cessé de conspirer ensemble contre le peuple. Comme le déclarait un de ces décideurs après la répression des émeutes doctobre 1988 : "Pendant trente ans, nous avons pu nous déchirer ; nous mettre des couteaux dans le dos. Mais nous prenions soin de ne jamais abandonner un dirigeant exclu, ne serait-ce quen continuant à lui rendre visite. Car nous étions unis par une certitude : nos enfants devaient nous succéder. Nous savions que le jour où cette loi serait rompue, cela en serait fini pour nous tous, car la rue, elle, ne se contenterait pas dune tête, mais les exigerait toutes." (Propos cités par José Garçon dans sa préface au livre de Djallal Malti, La Nouvelle Guerre dAlgérie, 1999.)

A travers tant dépurations, de liquidations, de manipulations, tant de négociations "où chacun gardait sa mitraillette sous son paletot", dexécutions discrètes et de tueries en masse, la véritable et unique continuité de létat algérien (comme avant lui de lappareil du F.L.N.) est toute policière. Dès 1956, cest autour des services secrets du F.L.N. (embryon de la future Sécurité militaire) que sorganise la bureaucratie en formation ; cest à eux que revient dans toutes les luttes de fractions le mot de la fin. Lassassinat dAbbane Ramdane en décembre 1957 marque leur victoire définitive sur ceux qui, dans lappareil, privilégiaient lidéologie pour contrôler le mouvement des masses et justifier le futur système bureaucratique de parti unique. Désormais, dans ce mixte de terrorisme policier et de phraséologie "révolutionnaire", il y aura de moins en moins de celle-ci et de plus en plus de celui-là. Lassassinat devient la procédure courante de règlement des confits, non seulement contre le M.N.A. de Messali Hadj, mais à lintérieur du F.L.N. lui-même. à partir de 1958 (promotion "Tapis rouge"), les agents des services sont formés dans les écoles du K.G.B. à Moscou. Boumedienne - qui, après avoir porté Ben Bella au pouvoir au moment de lindépendance, se débarrassa en 1965 de cette couverture gauchisante ("laile protectrice du burnous du leader", selon ses propres termes) pour instaurer le règne sans partage de la bureaucratie et de son idéologie "arabo-islamique" - avait lui-même été ladjoint de Boussouf, lorganisateur de la police intérieure du F.L.N. Et lon sait que les généraux qui composent la coupole mafieuse du pouvoir en Algérie, pour la plupart "déserteurs de larmée" (cest-à-dire ralliés sur le tard à la lutte indépendantiste), sont eux aussi allés dans les années soixante à Moscou pour acquérir dautres compétences (au K.G.B. ou à lacadémie Frounzé) ; de cette double formation, par le colonialisme et le stalinisme, ils ont retenu leurs méthodes de pacification (dite cette fois éradication), dignes des pires exactions de larmée française, et leurs techniques de manipulation et de provocation. Tout cela est bien connu en Algérie, mais en France pas assez, car létat algérien y compte toutes sortes de "relais" et de complices, en particulier dans les médias, où ils nont peut-être même pas tous besoin dêtre stipendiés pour faire sa propagande : la fausse conscience de gauche et le "complexe du colonisateur" peuvent sans doute parfois y suffire, même si les services algériens arrosent largement, et pas seulement des partis politiques.

Au plus fort des émeutes en Kabylie, on nous a ainsi informés à la "une" du Monde, en fabriquant un scoop bien horrifique avec laide dun tortionnaire à demi gâteux en mal de publicité, que larmée française avait, plus de quarante ans auparavant, torturé et massacré. De même, quand vient le moment, si tard là encore, dévoquer lassassinat de centaines dAlgériens par la police parisienne en octobre 1961, on se garde généralement de trop insister sur la responsabilité du F.L.N., qui fit défiler (sous la contrainte sil le fallait) les travailleurs immigrés avec femmes et enfants, les envoyant ainsi défier le couvre-feu en leur interdisant de sarmer ou dorganiser une autodéfense quelconque, alors même que lhystérie raciste de la police parisienne avait été portée à son comble, avec la peur, par les attentats commis contre des policiers au cours des mois précédents ; et tout cela, dans la meilleure tradition bureaucratique, pour "ne pas relâcher [la] pression" (Ben Khedda) sur le gouvernement français, pendant les négociations qui préparaient le cessez-le-feu.

Pour les bureaucrates qui les glorifiaient cyniquement dans leurs slogans ("un seul héros, le peuple"), les masses algériennes nont donc jamais été quun matériel humain disponible à leurs opérations et à leurs manuvres, chair à canons ou à matraques, que lon envoyait se faire massacrer par les Français, et quensuite on a massacré directement. La détermination intacte des émeutiers, alors que les morts dans leurs rangs se comptaient déjà par dizaines, témoigne suffisamment de la haine accumulée au fil des ans en Algérie (et particulièrement en Kabylie) contre lappareil répressif de létat. "Pas de pardon, jamais !" a été le slogan le plus populaire. La plate-forme de revendications adoptée à El-Kseur le 11 juin par la coordination interwilayas exigeait "le départ immédiat des brigades de gendarmerie" de Kabylie. Pour Le Monde diplomatique, cétait même la seule chose que les révoltés revendiquaient "avec clarté". Mais eût elle été la seule quelle nen aurait pas moins constitué une sorte de programme pour une révolution algérienne. Une telle exigence, complétée par celle de "mise sous lautorité effective des instances démocratiquement élues de toutes les fonctions exécutives de létat ainsi que des corps de sécurité", revenait en effet à donner pour but au mouvement le démantèlement des "détachements spéciaux dhommes armés" qui sont la principale "expression matérielle" de tout état, et en Algérie à peu près la seule qui fonctionne. Procéder effectivement à ce démantèlement, organiser la reprise du pouvoir détat par la société, par les masses populaires "qui substituent leur propre force à la force organisée pour les opprimer" (Marx à propos de la Commune), fût-ce seulement sur une fraction du territoire, cela ne peut évidemment être accompli sans une révolution de toute la vie sociale. Et cest ce à quoi tendaient les actions des insurgés, quand ils assiégeaient les gendarmes, les isolaient et les mettaient en quarantaine, les séparant de la société pour que la société se sépare deux. Voilà bien le séparatisme dont la Kabylie a donné lexemple à toute lAlgérie.

La seule existence dun tel mouvement est en elle-même le démenti de la totalité des mensonges politiques qui empuantissent lAlgérie depuis tant dannées. La subversion réelle a commencé à dissiper la brume poisseuse des fictions policières et à remettre chacun à sa place : "Nous refusons de nous solidariser avec ceux qui détruisent les biens de létat", déclarait ainsi le 9 juillet un représentant du F.L.S. Au Portugal en 1974, on disait : "La vérité est comme lhuile." En Kabylie aujourdhui, on dit : "La vérité est comme un bouchon de liège." Antithèse directe de tout mensonge détat, linsurrection ne sest pas contentée de réclamer la vérité (les commissions denquête gouvernementales avaient vu leurs conclusions dénoncées par avance, et leur dissolution était une des revendications de la plate-forme dEI-Kseur), elle la imposée chaque fois que cela était possible par la dénonciation à chaud de limposture. A cet égard, un des plus beaux moments, dans un mouvement où il y en eut tant, fut la manifestation des femmes, à Tizi-Ouzou le 24 mai. Les manifestantes commencèrent par interdire à la très officielle "association des veuves et filles de martyrs de la guerre dindépendance" de se joindre à leur cortège, puis elles en expulsèrent en linsultant Khalida Messaoudi, conseillère et selon ses propres termes "compagne dans le militantisme" de Bouteflika, qui, tout juste sortie du R.C.D., prétendait venir là se refaire une virginité : "Alors quelle voulait se glisser dans le cortège, des huées se sont élevées. "Khalida dehors", criaient les unes. "Khalida Lewinski", hurlaient les autres. Elle a été évacuée dextrême justesse vers Alger." (Libération 26-27 mai 2001.) Enfin, après avoir ainsi manifesté leur mépris pour le pouvoir et pour ses supplétifs médiatiques-démocratiques, elles ne lépargnèrent pas aux berbéristes, et interdirent également à des partisans de lautonomie de la Kabylie de rejoindre la marche.

Le rejet de toutes les représentations politiques a été lune des constantes de linsurrection, et lun de ses aspects les plus calomniés Les locaux des deux partis (R.C.D. et F.F.S.) qui auraient pu nourrir quelque espoir de tirer profit dun tel mouvement ont flambé parmi les premiers : Tizi-Rached, en même temps que la banque, le siège de la Sécurité sociale et la recette des impôts, dès le 26 avril. Et même lors de la manifestation du 25 juin à Tizi-Ouzou, à loccasion du troisième anniversaire de lassassinat du chanteur Lounès Matoub, on entendit parmi les slogans, outre "un Kabyle est un Kabyle, ses ennemis sont les gendarmes", "pas de F.F.S., pas de R.C.D.". Le plus discrédité était assurément le R.G.D., dont la démission fin avril du gouvernement (dans lequel son entrée en décembre 1999 avait été qualifiée par son chef Sadi d"événement politique qui constitue à la fois une consécration et un bouleversement") ne pouvait faire oublier la collaboration de longue date avec le clan militaire des "éradicateurs". Quant au F.F.S., moins compromis avec le pouvoir, il fit en sorte de désabuser quiconque à son sujet en présentant le 12 mai à Bouteflika, au chef détat-major de larmée et au patron de la D.R.S (ex-Sécurité militaire) un "mémorandum" qui consistait essentiellement à leur proposer ses services pour organiser une "transition démocratique".
II

Le trait le plus remarquable de linsurrection algérienne est sans conteste son auto-organisation. Lhostilité aux partis politiques et à "toute proximité avec le pouvoir", la méfiance devant toute représentation incontrôlée, le refus de servir une fois encore de piétaille à des manuvres dappareil, tout cela a trouvé son accomplissement positif dans la généralisation et la coordination des assemblées de villages et de quartiers, vite reconnues par tous comme la seule expression authentique du mouvement. Dès le 20 avril, les délégués des quarante-trois villages de la daïra (sous-préfecture) de Béni Douala sorganisent en coordination et lancent le mot dordre de grève générale. Dans les jours qui suivent, des comités de villages et des coordinations se forment dans toute la wilaya de Tizi-Ouzou. Le 4 mai, à Tizi-Ouzou même, des affiches appellent à une grève générale de six jours ; elles émanent dune coordination provisoire des quartiers, "selon nos sources totalement inconnue à Tizi-Ouzou", écrit le 5 mai le journal Liberté, qui fait état le lendemain des inquiétudes que suscitent ces formes dauto-organisation dans les "états-majors des partis". Le 6 mai est annoncée pour le 10 une réunion à Béni Douala des délégués dassemblées de villages des wilayas de Tizj-Ouzou, Béjala et Bouira, en vue de créer une coordination pour toute la Kabylie et dadopter une plate-forme de revendications ; un délégué déclare : "Les partis, personne ny croit plus ici." (Liberté du 7 mai.) Cette réunion à Béni Douala se tient effectivement à la date prévue, mais ne rassemble finalement que les délégués (deux cents) dune grande partie des villages de la wilaya de Tizi-Ouzou : les journalistes sont pris à partie, la presse ayant diffusé un faux communiqué annonçant le report de la réunion (ce nest que le début dune campagne de désinformation et de calomnies qui ira samplifiant) ; par ailleurs, un maire qui prétend rappeler la réunion au respect de la légalité doit quitter la salle : "On na pas besoin de maire ici ou dun quelconque représentant de lEtat", déclare un délégué. (Huit jours plus tard à Illoula, un autre maire devra également, quoique délégué de son village, quitter la salle de réunion.) Le souci de lautonomie du mouvement et la volonté de contrôler étroitement ses représentants marquent toutes les décisions ; ainsi, par exemple, celle de créer une permanence à TiziOuzou pour diffuser les informations en vue de la prochaine réunion de délégués : lassemblée prend soin de lui interdire de sexprimer au nom du mouvement (pas de déclaration à la presse, etc.).

Il est impossible de reconstituer dans le détail la façon dont le mouvement des assemblées sest étendu à toute la Kabylie, puis au-delà ; ne serait-ce que parce que la presse algérienne dite indépendante (pour ne rien dire de la France), tout en faisant une large place à ce qui pouvait illustrer lurgence dune modernisation "démocratique", na que très partiellement fait état de lactivité et des déclarations des assemblées, quand elle ne les a pas calomniées. On peut toutefois indiquer les principales avancées de lauto-organisation, qui progresse au même pas que lémeute à travers le pays. Le 18mai à Illoula, une réunion des délégués de villages de la région de Tiu-Ouzou adopte une première plate-forme de revendications (parmi lesquelles le départ immédiat et sans conditions de toutes les brigades de gendarmerie) et appelle à une marche à Tizi-Ouzou. Celle-ci rassemble le 21 mai plusieurs centaines de milliers de manifestants ("La "marche noire" a été le fait de la coordination des comités de villages, et les partis politiques ny avaient aucune présence visible", notait Le Monde du 23 mai). Les réunions de délégués qui se succèdent ensuite aboutissent à la formation dune coordination interwilayas (Tizi-Ouzou, Béjaïa, Bouira, Sétif, Boumerdès, Bordj-Bou-Arreridj, Alger ainsi que le Comité collectif des universités dAlger) et à ladoption, le il juin à El-Kseur ; dune plate-forme commune de revendications. La marche sur Alger, le 14 juin, constitue le point culminant de cette première phase du mouvement.

Cette marche du 14 juin signifiait de fait, quoique ses organisateurs ne semblent pas en avoir eu clairement conscience, tenter dinstaller la subversion à Alger même et défier létat chez lui : cela équivalait à une tentative insurrectionnelle, au sens étroit et pour ainsi dire technique du terme. En effet, aller déposer à la Présidence la plate-forme dEI-Kseur (puisque tel était lobjectif affirmé), alors que les manifestants dans les rues dAlger se comptaient par centaines de milliers, sinon par millions, cétait parler à létat de puissance à puissance, et proclamer devant le peuple algérien que lheure avait sonné de régler tous les comptes de loppression subie depuis 1962.

Il aurait alors suffi que les troubles durent à Alger un jour de plus pour que dans le pays entier la population, voyant le pouvoir vaciller, se jette dans la bataille. De son côté, celui-ci voyait clairement quil lui fallait à tout prix empêcher que la subversion sinstalle à Alger, et quelle que fût par ailleurs sa paralysie, il conservait des forces bien suffisantes pour écarter ce danger, étant donné la supériorité que lui conférait sa position défensive : il a donc efficacement mis en oeuvre tous ses moyens répressifs, fractionnant le cortège des manifestants venus de Kabylie, bloquant la plupart dentre eux à dix kilomètres du centre ville, isolant les groupes démeutiers et lançant contre les manifestants des provocateurs recrutés dans la basse pègre. Parmi les facteurs favorables au pouvoir, il faut aussi compter la démoralisation et la peur dont les habitants dAlger, qui ont payé le plus lourd tribut à la "sale guerre", avaient seulement commencé à se défaire grâce à lagitation entretenue par les étudiants depuis le début du mois de mai ; et lors de la manifestation appelée par le F.F.S. le 31, qui avait permis une première jonction avec les insurgés de Kabylie. Les propos dAlgérois rapportés par la presse exprimaient assez bien ce quil en était à ce moment, alors que depuis une semaine des manifestations spontanées se formaient chaque jour à Alger (mais aussi à Oran, Sétif, Boumerdès), rassemblant quelques centaines ou milliers de personnes :

"On crie "pouvoir assassin". On prend des coups. Puis on rentre cher soi et on regarde aux télévisions françaises les vraies émeutes en Kabyle, à une heure dici à peine. Mais aujourdhui on saura mieux où on en est : si nous aussi on entre dans la guerre ou si on reste dehors."

"On sortait à peine des quartiers à cause des, attentats, des policiers, des terroristes, de tout. Là, je me dis : cest notre tour, il faut y aller. Mais je suis très désorienté."

"Qui en Algérie ne ressent pas linjustice et le ras-le-bol ? Qui ne veut pas en finir ? Mais Alger nest pas la Kabylie. Là-bas cest très dur, mais ils se connaissent tous, ils sont tous ensemble, avec une culture, des structures fortes qui ont résisté malgré la guerre. Nous ici, on a pour toute éducation, politique les feuilletons égyptiens. Après des années dintox, de bulletins du G.I.A. qui ressemblaient à de la science-fiction, on a de la bouillie dans la tête. Dans une grande ville, il peut se passer nimporte quelle provocation ou coup tordu." (Libération, 31 mai 2001)

"Ils ont de la chance. En Kabylie, ils ne sont jamais seuls. Ils ont toute leur culture, leurs structures. Nous, on vit au milieu des indics et des posters de Rambo." (Libération, 1er juin 2001)

Le coup darrêt donné par le pouvoir le 14 juin marquait la limite qui sest depuis lors imposée au soulèvement. Les deux tentatives avortées de nouvelles marches sur Alger (le 5 juillet et le 8 août) montrèrent que loccasion de lancer ainsi le signal dun soulèvement général était bel et bien passée, pour une période au moins. Pour garder ses chances de sétendre au reste de lAlgérie, le mouvement devait surtout reprendre linitiative en Kabylie, et pour cela renforcer son autonomie : après le premier élan offensif, venait le moment de lélaboration interne. Ayant changé tant de choses autour de lui, le mouvement des assemblées ne pouvait pas ne pas en être lui-même changé. Tout au long des mois de juillet et daoût, la nécessité simpose aux assemblées de réfléchir à leur propre organisation, den préciser les buts et les moyens. La coordination des aarchs, daïras et communes de la wilaya de Tizj-Oroou réaffirme, lors de ses "conclaves" dAzeffoun (7 juillet) et dAssi-Youssef (12-13 juillet), les principes démocratiques qui fondent lorganisation des coordinations : liberté des débats à la base, élection des délégués en assemblée générale des villages et des quartiers, autonomie dorganisation et daction des coordinations communales composées de ces délégués, coordination de wilaya composée de deux délégués par coordination communale dûment mandatés, etc. ; tout cela devant assurer, selon le "principe de lhorizontalité", le strict contrôle des décisions par la base des assemblées. A travers les débats et les conflits, toujours publics, qui se développent au cours de ces semaines, une ligne de partage se dessine entre ceux qui veulent aller à la négociation et transformer pour ce faire les coordinations en "interlocuteur responsable", et ceux qui défendent lautonomie des assemblées, lorganisation "horizontale" et le refus de toute négociation. A Béjaïa, le conflit devient si aigu quil aboutit le 17 juillet à une scission entre le comité noyauté par les syndicalistes et les gauchistes (qui conserve le nom de "comité populaire") et une coordination intercommunale qui dénonce cette tentative de "caporalisation" du mouvement et labandon des objectifs initiaux. Cette coordination appelle avec succès à une grève générale et à une marche le 26 juillet ; la rue tranche, et lun des slogans de la manifestation est : "Traîtres dehors ! Syndicats dehors !" Quant à la coordination de la wilaya de Tizi-Ouzou, elle adopte à la mi-juillet un "code dhonneur" des délégués par lequel ceux-ci sengagent, entre autres, "à ne mener aucune activité et action qui visent à nouer des liens directs ou indirects avec le pouvoir", "à ne pas utiliser le mouvement à des fins partisanes et ne pas lentraîner dans des compétitions électoralistes ou dans des options de prise du pouvoir", "à ne pas accepter un poste politique quelconque dans les institutions du pouvoir", et "à ne pas donner au mouvement une dimension régionaliste sous quelque forme que ce soit" ; ce code dhonneur est complété le 27 juillet par un engagement "à démissionner publiquement du mouvement avant de briguer un quelconque mandat électoral".

Parmi les exemples dénergie historique que nous a donnés le soulèvement algérien, aucun ne prouve mieux sa puissance que celui de ses dissensions, qui auraient suffi pour anéantir nimporte quelle organisation hiérarchisée ou mouvement de masse encadré, tandis quil parut toujours y puiser de nouvelles forces. Les ennemis des coordinations ne cessèrent dannoncer leur dislocation prochaine sous leffet des discussions et des divergences (le journal Liberté avait donné le ton dès le 10 mai en ironisant lourdement sur limpréparation de la réunion de Béni Douala : "Ce conclave qui alimente les discussions dans toute la Kabylie et qui suscite les appréhensions voire les craintes des partis politiques de la région, et même des simples citoyens, sur ses motivations mais surtout sur les visées de ses initiateurs, a tout lair de ne savérer quune montagne qui accoucherait dune souris"). Et chaque fois les assemblées, discutant sans cesse leurs décisions et revenant sur ce quelles avaient déjà accompli, démentirent les espoirs des propriétaires de lopposition et se dressèrent à nouveau devant le pouvoir algérien comme son seul véritable ennemi. A la fin du mois de juillet, lidée ayant été lancée par la coordination de Béjaïa dès le 19, la coordination interwilayas proposa dorganiser le 20 août une marche à Ifri Ouzellaguen, où sétait tenu à la même date, en 1956, le congrès de la Soummam au cours duquel Abbane Ramdane, avant dêtre assassiné, sétait opposé à la mainmise de "larmée de lextérieur" sur le F.L.N, Ce retour sur le passé nétait pas platement commémoratif ; comme le résuma le 14 août lors dun meeting à El-Kseur un délégué dAkfadou (après avoir rappelé quavait été décidée à ce congrès la primauté du civil sur le militaire et de lintérieur sur lextérieur) : "Nous sommes des civils, ils sont des militaires et nous sommes à lintérieur, ils sont à lextérieur". Les slogans adoptés pour cette marche ("1956-2001, le combat continue", "Restituer au peuple son histoire", "Pour la primauté du politique sur le militaire") prirent tout leur sens avec la décision d"interdire aux officiels" la vallée de la Soummam. Car ceux-ci ne comptaient pas seulement y tenir lhabituelle célébration annuelle, quils durent finalement organiser à lautre bout du pays, à Mascara : des émissaires avaient commencé à sonder quelques délégués non identifiés de la coordination interwilayas, acquis à lidée dune négociation, pour préparer une éventuelle venue de Bouteflika, à qui aurait été remise la plate-forme dEl-Kseur. Cette manuvre, immédiatement dénoncée par la majorité des délégués, eut un effet inverse de celui escompté et renforça la détermination à "interdire tout officiel en Kabylie". (Le ministre des Moudjahidin dut également renoncer à se rendre à Tizi-Ouzou ; quelques jours auparavant, le ministre de lIntérieur Zerbouni, venu installer le nouveau wali - préfet - avait été accueilli à coups de pierres : "Marches interdites à Alger : pas de ministres en Kabylie", disait une banderole.) La marche du 20 août, qui rassembla dans la vallée des foules venues de toute la Kabylie, fut donc une éclatante revanche sur la défaite essuyée à Alger. Mais sétant ainsi montrés maîtres chez eux, ayant, cette fois, lavantage de la défensive, les Kabyles se retrouvaient par la même occasion isolés chez eux, progressivement amenés à une sécession de fait quils navaient pas voulue.

Pour lheure, après le coup déclat du 20 août, ses ennemis divers se voyaient contraints dadmettre que le mouvement des assemblées en Kabylie nétait pas sur le déclin, mais au contraire se renforçait. Le pouvoir lui-même, malgré léchec de ses toutes récentes manuvres dapproche, fit savoir le 29 août par le truchement de lagence de presse officielle A.P.S., citant une "source gouvernementale", que "le dialogue [était] possible", que "nul ne [contestait] les capacités des Algériens de le mener", et que "le mouvement des citoyens exprimé par les aarchs [pouvait] constituer un signe positif pour notre société". Lagence officielle explicitait les termes de louverture ainsi faite en précisant : "Il est évident que les plates-formes publiées dans la presse peuvent constituer une base de discussion dans la mesure où elles ne se proposent pas de porter atteinte aux fondements de létat, à la constitution et aux lois de la République." (Ces restrictions visaient bien sûr principalement le quatrième point de la plate-forme dEl-Kseur, exigeant le départ immédiat des brigades de gendarmerie, et le onzième, concernant "la mise sous lautorité effective des instances démocratiquement élues de toutes les fonctions exécutives de létat ainsi que des corps de sécurité" ; labandon de ces points avait déjà fait lobjet des négociations occultes entamées précédemment avec certains délégués "dialoguistes".) Et le commentaire de lA.P.S. en rajoutait pour finir dans les appels du pied aux modérés, qualifiant la réunion de la coordination intenwilayas qui devait se tenir le lendemain à Tubirrett-Imceddalen de très importante, dans la mesure où elle "pourrait être lillustration de la maturité du mouvement et celle de lélite qui lencadre" bref pourrait "sinscrire dans une perspective constructive" en acceptant la négociation. La réponse à ces insistantes avances ne se fit pas attendre. Dès le lendemain, les coordinations de Tid-Ouzou et de Béjaïa réaffirmaient leur rejet des tractations secrètes et de toute négociation visant à modérer les revendications de la plate-forme dEl-Kseur : "Tout ce qui sera entrepris se fera en public, et le chemin est balisé par la plate-forme dEl-Kseur, notre unique document de référence", déclarait un délégué de Tizi-Ouzou (Le Matin, 1er septembre 2001). Quant à la réunion de la coordination interwilayas des 30 et 31 août, où le pouvoir espérait voir apparaître une élite avec laquelle il pourrait "dialoguer" elle déclara à nouveau la plate-forme dEI-Kseur "scellée" et "non négociable". Il ne restait plus au pouvoir quà enregistrer cette fin de non-recevoir. Cest ce quil fit quelques jours plus tard, par la bouche dun "haut responsable" anonymement cité par Le Quotidien dOran. Constatant que les aarchs "refusent tout ce qui vient du "pouvoir"" ("Comment voulez-vous quon puisse dialoguer avec eux ?"), la source autorisée poursuivait : "Nous pouvons comprendre ainsi que les aarchs ne veulent pas de solution à cette crise. Ils pensent peut-être que, pour détruire ce système, il faut entretenir le pourrissement ; cest dailleurs ce qui ressort de la plate-forme dEI-Kseur." Ensuite venaient les menaces, avec la remarque cynique quentretenir le pourrissement ne peut nuire au gouvernement, "qui a des capacités de durer tout autant que le système en place" : ce nest donc pas lui "qui en pâtit, cest la population". Et la fin rappelait quun appel avait été "lancé à lélite de la région à se mobiliser ainsi quà toutes les personnes qui ont une respectabilité, mais on remarque quil ny a pas une volonté de présenter un programme mais de perturber". (Il est évidemment loisible à chacun de se livrer à toutes sortes de supputations quant aux éventuelles "luttes de clans" à lintérieur du pouvoir que manifesteraient ces variations du discours officiel, ou officieux, sur le mouvement des assemblées : à la manière de la kremlinologie dautrefois, cest devenu une spécialisation professionnelle, dans linformation sur lAlgérie, que de fournir de telles reconstitutions, plus ou moins étayées, des menées et intrigues qui divisent le "pouvoir occulte". Mais désormais ces luttes internes sont secondaires, car le rapport de forces principal, qui détermine tout le reste, est celui qui oppose le mouvement dauto-organisation du soulèvement à lensemble de ses ennemis.)

Parallèlement aux efforts pour circonvenir le mouvement des assemblées, et puisquil savérait quil nétait décidément pas "mûr" pour la négociation, on a vu se développer la tentative de le liquider en en créant de toutes pièces un autre, qui serait, et pour cause, plus "représentatif", plus "légitime" et plus "constructif". Ainsi, à Tizi-Ouzou même, le 27 août - alors que précisément la veille les délégués "radicaux" de la coordination, qui (selon El Watan du 28 août) déclaraient "la rue parlera encore jusquà la satisfaction de la plate-forme dEl-Kseur" et dénonçaient "ceux qui ne veulent plus parler démeutes et tendent la main au pouvoir", avaient joint le geste à la parole et une nouvelle fois attaqué, avec "des émeutiers de la ville", la gendarmerie -, un "Conseil communal" publiait un communiqué affirmant notamment que "lamateurisme politique des uns et les mauvais calculs politiciens des autres continuent à parasiter bruyamment le débat public, tout en empêchant les honnêtes citoyens, soucieux de lavenir. de leurs enfants, de faire entendre leur voix" (Liberté, 28 août 2001). Quelques jours plus tard, il précisait encore un peu mieux à quoi et surtout qui il servait, en reprochant à la coordination "lexclusion de toutes les personnalités scientifiques et politiques de la commune susceptibles de donner sens et consistance au mouvement" (La Tribune, 4 septembre 2001).

Un peu partout apparaissent au même moment des "comités" et des "coordinations" ad hoc, dont lactivité se borne le plus souvent à attaquer dans des communiqués de presse la tendance radicale des coordinations. à Akbou par exemple, un "comité de citoyens" prône "lapaisement et la préservation de la jeunesse de la spirale de la violence", et rappelle les revendications du mouvement en omettant "le point relatif aux brigades de la gendarmerie nationale" (La Tribune, 8 septembre 2001). Quant au "comité populaire" de Béjaïa, confirmant sa vocation récupératrice, il annonce la préparation dune rencontre nationale contre la hogra et la répression, organisée avec le R.A.J. ("Rassemblement-Action-Jeunesse&quo t;, proche du F.F.S.) : "Cette initiative se veut une opportunité pour asseoir lorganisation nationale du mouvement populaire et lencadrement de ces actions pour davantage defficacité." (La Tribune, 9 septembre 2001.) Toutes ces manuvres et impostures sont dénoncées par la coordination interwilayas, dont les délégués, lors dun meeting à Akbou, relèvent que ces "comités parallèles [...] entretiennent des contacts avec le pouvoir en prétendant être les interlocuteurs de ce dernier". Mais, comme il arrive souvent, cest encore a un ennemi quil revenait de dire le plus clairement de quoi il retournait. Revenant pour sen justifier, sans pour autant la démentir, sur la formule qui lui avait été prêtée ("ce mouvement doit mourir avant septembre"), ainsi que sur limputation faite au F.F.S. de chercher à venir à bout du mouvement des assemblées en le minant de lintérieur, le premier secrétaire de ce parti, Ali Kerboua, mangeait le morceau dans son style incomparablement ligneux :

"1. - Le F.F.S. a, été le premier parti, à sinscrire totalement dans la dynamique nationale citoyenne travers lorganisation des marches historiques du 3 et du 31 mai.

2. - Le F.F.S. a toujours pris soin de distinguer cette dissidence nationale citoyenne des formes, de structures qui sy sont greffées artificiellement et dans lesquelles certains groupes et autres individus tentent de se re, faire une virginité en cherchant, en, vain, faut-il le souligner, à dévoyer cette dynamique et à linstrumentaliser à des fins de repositionnement clanique.

3. - Le F.F.S. a effectivement instruit ses militants pour consolider ce mouvement pacifique porteur despoirs de changement démocratique pour lensemble des Algériennes et des Algériens. Aussi, les militants du F.F.S. restent déterminés à agir contre toutes les formes de dérive qui mèneraient le mouvement vers limpasse et la ghettoïsation dans le but dimposer des projets dangereux. Des projets qui, en définitive, font le jeu des clans au pouvoir opposes à toute issue politique et démocratique à la crise." (Liberté, 2 septembre 2001.)

Le plus "dangereux" projet des assemblées, qui les amène à concevoir tous les autres, cest celui de leur propre souveraineté. La volonté détroitement contrôler toute délégation de pouvoir les a déjà menées loin, mais elle peut les mener plus loin encore : ayant remis en vigueur les assemblées villageoises à seule fin de sunir contre la répression, les insurgés découvrent de quelles autres fins elles peuvent être linstrument.

Le grand art de ces retours au passé queffectuent les révolutions quand elles ressuscitent des formes anciennes de communauté, cest de retrouver plus que ce qui a été perdu. La principale malédiction qui frappait la démocratie villageoise, cétait évidemment son isolement, qui lui interdisait toute initiative historique. Et cest justement ce qui disparaît au milieu de la commotion générale de la société algérienne.
III

Que sont exactement ces institutions villageoises traditionnelles que le soulèvement a ramenées sur le devant de la scène historique, fait ainsi quaarch cesse dêtre le nom dune chose du passé ? Avant den venir à bout avec la répression de la grande insurrection de 1871, les militaires français avaient éprouvé sur le terrain les ressources et la force de lorganisation locale des tribus kabyles, la vitalité de ce quun historien de la colonisation (Ch.-A. Julien) a appelé, en mentionnant leur refus de se soumettre au commandement dAbd el-Kader, les "petites républiques villageoises et démocratiques de Kabylie". Et dès 1837, Tocqueville parlait à propos des Kabyles de ces "hommes qui ne sont ni riches, ni pauvres, ni serviteurs, ni maîtres, qui nomment eux-mêmes leurs chefs et saperçoivent à peine quils ont des chefs". Le thème de linsubordination kabyle court à travers toute la littérature du XlXe siècle consacrée à lAlgérie, et pas seulement chez les auteurs français : "Le Kabyle est si fier, si instinctivement enclin à légalité absolue, et peut-être aussi si sourcilleusement méfiant, quil considère comme son devoir, pour ainsi dire, de récuser tous les dépositaires du pouvoir social. Les marabouts, qui en détiennent la plus grande part, lexercent avec discrétion, en recourant à la persuasion. Quant aux amins [chefs de village élus par lassemblée], le moindre abus dautorité de leur part donne lieu à un refus dobéissance, qui sexprime de la façon la plus énergique : Enta cheikh, ana cheikh, littéralement : "Toi chef, moi chef"." (John Reynell Morell, Algeria, 1854.) De leur côté les auteurs français, souvent des militaires, avaient de multiples raisons de magnifier la tradition dindépendance des Kabyles : la résistance que ceux-ci leur avaient opposée et leur difficulté à la réduire (le massif central de la Grande Kabylie ne fut soumis quen 1857) appelaient une explication propre à ménager lorgueil national ; il paraissait évidemment utile de jouer les Kabyles contre les Arabes ; et surtout les murs et le "civisme" villageois des Kabyles permettaient despérer quils seraient plus faciles à gagner à la cause de la France et pourraient même devenir, une fois convenablement civilisés, des administrés modèles. Une vaste littérature oppose ainsi les vertus du Kabyle (fier, droit, opiniâtre, industrieux, peu religieux, etc.) aux vices de lArabe (servile, fourbe, menteur, paresseux, fanatique, etc.), au point quon a pu parler dun "mythe kabyle" dans le colonialisme français. Mais ce "mythe kabyle" (dans la genèse duquel il faut dailleurs faire la part du goût réel quéprouvèrent nombre de coloniaux pour les murs des Berbères, assurément remarquables et digues de respect), les administrateurs français, militaires puis civils, en furent, au moins autant que les artisans, les premières victimes, puisquils crurent possible et même facile dutiliser les institutions villageoises comme relais, de leur autorité, et sobstinèrent longtemps à le croire, quoique régulièrement démentis par les troubles toujours renaissants. (Après la répression de linsurrection de 1871, les villageois constituèrent pour donner le change aux administrateurs militaires des assemblées officielles, aux ordres de lassemblée réelle, occulte, "qui continuait, dans lombre, à diriger les affaires du village et à souffler aux membres de lassemblée fantoche la conduite à tenir" - Alain Mahé, Histoire de la Grande Kabylie, 2001.)

Les calomnies contre les actuelles assemblées sappuient en grande partie sur le fait quen Grande Kabylie (principalement dans la wilaya de Tizi-Ouzou) elles ont repris pour désigner leur fédération le nom ancien des tribus (aarch, parfois au pluriel aarouch) qui constituaient autrefois la plus vaste unité politique des Kabyles, en dehors des ligues circonstancielles formées contre un danger commun : "Considérée dans son ensemble, la Kabylie est une agglomération de tribus qui se gouvernent elles-mêmes daprès des principes que la tradition et lusage ont introduits dans les murs", écrivait le général Daumas en 1856. Les journalistes se sont donc emparés de ce terme lutilisant à tout bout de champ pour donner du mouvement des assemblées une image pittoresque, quasi folklorique, en tout cas passéiste ; et décrier ensuite cette "structure sociale complètement résiduelle" (ironisant par exemple sur le fait que la dernière initiative des aarchs de Kabylie remontait à 1827, lorsquune délégation de tribus formula une requête auprès du dey dAlger pour que les femmes naient plus accès aux droits de succession). Cela leur était dautant plus facile que dans le reste du pays, là où elle a encore une existence quelconque, lorganisation tribale nest plus quune forme de clientélisme politique et de participation aux luttes de clans à lintérieur de la bureaucratie. Malgré toutes ces calomnies, ou grâce à elles, le terme aarchs est passé dans lusage pour désigner lorganisation autonome de linsurrection, avec une connotation darchaïsme propre à affermir les progressistes bon teint dans leur mépris pour ce mouvement. (Ainsi, pour Kerboua, ce terme résume à lui seul "tous les archaïsmes de la société" - La Tribune, 10-11 août 2001.)

En 1881, dans le brouillon dune lettre fameuse où, en réponse à Vera Zassoulitch, il sen prenait aux "marxistes" qui voyaient dans la destruction de la commune rurale une étape indispensable du développement historique en Russie, Marx notait que lélimination du capitalisme ne pouvait aller sans "un retour des sociétés modernes à une forme supérieure dun type "archaïque" de la propriété et de la production collectives", et quil ne fallait donc "pas trop se laisser effrayer par le mot "archaïque"". Quant à lAlgérie, le type de propriété et de production collectives sur lequel reposait lorganisation tribale (propriété familiale indivise et inaliénable) fut systématiquement démantelé par les Français, en particulier avec le sénatus-consulte de 1863, "la machine de guerre la plus efficace que lon pût imaginer contre létat social indigène", comme lécrivit alors un militaire français : "Grâce à lui, nos idées et nos murs sinfiltreront peu à peu dans les murs indigènes, réfractaires à notre civilisation, et limmense domaine algérien, à peu près fermé jusquici en dépit des saisies domaniales, souvrira devant nos pionniers." Mais en Kabylie, où cette destruction de la propriété collective ne commença vraiment quavec les séquestres de terres consécutifs à la répression de linsurrection de 1871 (ce nest quen 1897 quune loi foncière rendit la terre aarch aliénable), elle neut pas pour résultat une dépossession au profit des colons. Les paysans parvinrent en effet à racheter la majeure partie des terres, surtout en Grande Kabylie, et cette diffusion de la propriété individuelle, Si elle affaiblit incontestablement les liens lignagers, semble avoir plutôt renforcé la cohésion des, villages et le rôle de lassemblée dans lorganisation de la vie collective. Quoi quil en soit, que la longue histoire des institutions villageoises kabyles, à travers toutes ses vicissitudes (lalternance de répression et de tolérance intéressée de la part des autorités françaises puis de létat algérien), a légué au mouvement actuel, ce nest certes pas un modèle dorganisation tribale (dailleurs les aarchs, là où ils subsistent, sont en fait - dans cette région, la Grande Kabylie, où la densité de peuplement est telle quon a pu parler despace quasi urbain - des fédérations de villages et non des lignages), mais une tradition de contrôle direct des "dépositaires du pouvoir" "Nulle part, autant que chez les Kabyles, le peuple nest appelé à intervenir aussi directement dans les affaires." (Daumas.)

Que cette tradition soit restée vivante, au moins dans les mémoires, tout au long du XXe siêcle, voilà ce que suffirait à attester la référence qui y fut régulièrement faite par ceux qui sen prenaient à lidéologie arabo-islamique du nationalisme algérien (à lintérieur des organisations messalistes successives, puis du F.L.N.). En 1937, Amar Imache, secrétaire général de létoile Nord-Africaine, dénonçant à la fois la direction autoritaire de Messali et le Front populaire qui venait de dissoudre cette organisation avec lappui du P.C.F., écrivait dans sa brochure LAlgérie au carrefour : "On cachait volontairement que le premier gouvernement à forme républicaine et démocratique fut institué en Kabylie pendant quen France et ailleurs on ignorait ces mots." En 1949 encore, dans le Parti Populaire Algérien, les Kabyles opposés à lidéologie arabo-islamique critiquent "le fonctionnement interne du parti, labsence de démocratie, la promotion des éléments les plus conformistes" (Mohammed Harbi, Le F.L.N., mirage et réalité, 198O). Au cours de cet épisode, que lon a qualifié de "crise berbériste", sexprime également une critique de la religion, dont léchec "annihile les espoirs de voir un nationalisme radical se développer indépendamment de la foi religieuse" (ibid.) ; les opposants sont exclus et il ne restera deux que laccusation rituelle de "berbéro-matérialisme", lancée par les bureaucrates du F.L.N. contre quiconque menaçait le monolithisme de lidéologie nationaliste. Enfin, en 1963, lors de sa fondation, le F.F.S. lui-même reconnaît dans ses statuts limportance de la tajmat, lassemblée villageoise, "institution démocratique encore vivace de nos jours et qui fait partie de notre patrimoine national le plus authentique et le plus glorieux".

Plus décisive évidemment que ces représentations diversement entachées didéologie, la persistance dans les murs de la tradition anti-étatique des communautés villageoises est elle-même largement attestée ; cest en particulier le cas de la conception de lhonneur collectif conservée par ces communautés, selon laquelle cétait y porter gravement atteinte que de faire appel à quelque autorité extérieure que ce soit. En 1948, une assemblée de village interdisait par exemple formellement la communication dinformations concernant les affaires de la communauté : "Donner un renseignement à une autorité quelconque, même sur la moralité dun concitoyen, même sur le chiffre de limposition, est sanctionné par une amende de dix mille francs. Cest le taux damende le plus fort qui existe. Le maire et le garde-champêtre nen sont pas exempts." (Rapport dun administrateur des services civils dAlgérie, in Alain Mahé, op.cit.) En 1987, un épisode relaté par Mahé montre lautonomie de lassemblée défendue tout aussi vigoureusement, en loccurrence contre un émigré de retour au village qui avait fait appel à la gendarmerie pour régler une affaire sur laquelle sétait prononcée lassemblée. Et alors que commençait à sorganiser lactuel mouvement des comités de quartiers et de villages, un délégué (de laarch des Ait Djennad) déclarait, faisant ainsi la preuve quau moins le souvenir de cette tradition ne sétait pas perdu : "Auparavant, lorsque la tajmat prenait en mains la résolution des conflits entre les gens, punissait le voleur ou le malfrat, on navait pas besoin daller au tribunal. Cétait même honteux." (Il est sans doute assez difficile à un citoyen de nos démocraties de masse, plus enclin pour sa part à réclamer lintervention de létat dans chaque détail de sa vie, de comprendre un tel genre de civisme : ici ce seraient plutôt des en dehors qui pourraient sy reconnaître. Plus étrange encore pour la passivité démocratique moderne, on trouve cité dans létude de Daumas sur la Kabylie un kanoun - liste des infractions sanctionnées par le droit coutumier, assortie des amendes fixées par lassemblée - où est mentionné parmi les délits celui de "ne pas acheter un fusil quand on a les moyens de le faire" : voilà qui fait paraître encore plus comiques les illusions dun autre militaire français kabylophîle, affirmant en 1863 qu"il sera facile, avec le temps, de calquer les kanouns municipaux sur notre code, dont nombre darticles se prêteraient parfaitement aux coutumes berbères".)

La force que lactuel mouvement des assemblées a tirée de ce passé nest telle que parce quil lui a servi à commencer de répondre aux besoins révolutionnaires de la société algérienne. Quand les aarchs y sont réapparus comme des revenants, le progressisme sest rassuré en préférant voir là le dernier sursaut dune communauté traditionnelle moribonde : un rebut historique, un vestige depuis longtemps condamné. On a vu la suite. Et sans céder aux facilités du pathos berbériste ("léternel Jugurtha", etc.), il faut tout de même noter, à propos de la prétendue caducité de ces assemblées villageoises, que, de mémoire détatiste, on ne les a jamais vues disparaître ; ce sont plutôt elles qui ont vu passer et sanéantir plusieurs formes de domination étatique : sans remonter jusquaux Romains, au moins celle des Turcs, puis des Français, et bientôt peut-être celle de lactuel pouvoir militaro-bureaucratique, si elles parviennent à devenir tout ce que la situation révolutionnaire quelles ont créée exige quelles soient.
IV

Même si elle devait sarrêter là, linsurrection algérienne aurait déjà beaucoup fait : dans des conditions très dures, elle est parvenue à accomplir pour la liberté ce que narrivent même pas à imaginer les habitants de la démocratie marchande, alors quils doivent perdre une à une leurs illusions de sécurité. Ses limites ou ses défauts ne sont pas ce quen ont dit ceux à qui leur idéologie (en général banalement étatiste) interdisait dadopter le point de vue des insurgés eux-mêmes, et donc de se représenter les circonstances dans lesquelles ils se trouvaient et les problèmes quils affrontaient. En revanche, pour qui ne prétend pas juger ce mouvement au nom de principes particuliers ou dintérêts distincts des siens, mais le défendre au nom de ce quil a fait de meilleur et de ce à quoi le mènent ses propres principes, un certain nombre dinconséquences, dillusions ou de naïvetés constituent des faiblesses bien réelles. Les relever nest quune autre manière de rendre hommage à la liberté de critique qui a dès le début prévalu dans les assemblées : "Les réunions de la coordination auxquelles nous avons assisté (Azazga, Tizi-Ouzou) ne se sont pas déroulées dans un calme exemplaire. Le débat autour dun seul point dure des heures. Les voix montent. Les avis sentrechoquent. Le consensus est dégagé au forceps, souvent à la seconde ou troisième rencontre. "La démocratie ne saccommode pas de lunanimisme", nous dit-on." (El Watan, 14 juin 2001.)

Quant à lobligation, qui aurait pu devenir paralysante de parvenir à un consensus pour toute prise de décision, les coordinations sen sont déjà judicieusement libérées en adoptant la régle de la majorité des trois quarts lorsquun accord unanime ne peut être obtenu. De même la coordination interwilayas a décidé fin août, relevant "labsence de lélément féminin" dans les coordinations comme lun des "points faibles du mouvement", dencourager la participation des femmes. (Remarquons à ce sujet que seule une féministe obsédée de parité peut croire que les femmes ne jouaient aucun rôle dans les communautés villageoises, sous prétexte quelles nétaient pas formellement membres des assemblées, et ne pas voir comment elles participent de fait a lactuel mouvement, sans quil soit besoin pour cela de fixer, à laméricaine, un quota de déléguées.)

Plus grave est la timidité dont ont fait preuve les coordinations à propos du terrorisme "islamique", alors que personne nignore en Algérie la responsabilité de larmée et de ses services spéciaux dans sa fabrication et sa perpétuation depuis dix ans ; au moins sous la forme de la "sale guerre" menée par les prétendus éradicateurs. Cette étrange retenue, sur un sujet aussi décisif pour un mouvement qui déclare vouloir se réapproprier lhistoire de lAlgérie, était déjà une erreur alors que les attentats reprenaient (à Alger pour la première fois depuis trois ans), cernant véritablement la Kabylie à louest et à lest, comme un tir de barrage ; et il ne sest trouvé à ce sujet quun membre du comité populaire de Béjala pour poser, au moins, la question : "Est-ce que les terroristes ne sont pas réactivés pour tuer le mouvement populaire en Kabylie ?" (Le Jeune Indépendant, 25 juillet 2001.) Mais la retenue nétait décidément plus de mise après les attentats du 11 septembre aux états-Unis, lesquels ont très opportunément permis aux généraux algériens, bien relayés par une presse qui sur ce sujet reste indéfectiblement aux ordres, de se poser en avant-garde de lantiterrorisme "démocratique", afin de dissuader les puissances étrangères de miser sur un changement de régime. Or la coordination de la wilaya de Tizi-Ouzou na rien trouvé de mieux à faire en la circonstance que denvoyer "un message de soutien au peuple américain" où, en plus des "sincères condoléances au président George W. Bush", elle alignait toutes les platitudes de la propagande bien pensante.

à bien la considérer, cette retenue sur le sujet du terrorisme nest sans doute quune conséquence de celle, plus centrale, qui marque lensemble de la stratégie spontanément adoptée par les assemblées depuis le printemps. Ayant créé en Kabylie un état de fait qui sapparente à bien des égards à une situation classique de double pouvoir, elles se gardent de tout ce qui pourrait compromettre le fragile équilibre qui sest ainsi établi. Leur volonté maintes fois réaffirmée de sen tenir à des méthodes pacifiques, aussi compréhensible soit-elle après tant de morts, et depuis si longtemps, ne saurait pourtant leur suffire à maîtriser pratiquement linévitable part de violence - ne serait ce que face aux provocations - dun conflit qui ne peut quêtre toujours plus aigu. Même leur critique de la politique reste une sorte de critique par défaut : lautonomie est fermement défendue contre les partis, mais lexercice de cette autonomie est cantonné à la "protestation", toute "proposition" étant rejetée demblée avec la politique, et assimilée à ces "options de prise de pouvoir" que le code dhonneur adopté par les délégués de Tizi-Ouzou récuse. Déjà en juin, la plate-forme proposée à Béjala avait finalement été refusée, parce que deux revendications - labrogation du code de la famille et la suppression de létat durgence - étaient "partisanes" (la première étant en effet soutenue par le R.C.D., et la seconde par le F.F.S.), et quil nétait donc pas question de les faire endosser par les assemblées. Il ne faut pourtant pas voir là quelque chose comme lhabituel modérantisme imputable à un appareil en formation (même si bien sûr il existe toujours le risque de voir se former à lintérieur des coordinations une "élite", un encadrement qui serait par nature porté à défendre une telle "stratégie"). La réunion de la coordination de Tizi-Ouzou, à Illilten le 24 août, a dailleurs rejeté à lunanimité la proposition de recruter deux permanents qui seraient "chargés des travaux de secrétariat" : ""Nous sommes tous des volontaires au sein du mouvement et il nest pas question que lon paye qui que ce soit", a-t-on rétorqué dans la salle." (La Tribune, 25 août 2001.) La limitation du programme explicite des assemblées peut dautant moins être assimilée à une politique conciliatrice que le rejet des toutes dernières propositions de négociation, émanant cette fois très officiellement de Bouteflika, vient de montrer que les assemblées ne se dérobaient pas à une nouvelle épreuve de force.

La stratégie spontanée des assemblées les a amenées très logiquement à la désobéissance civile désormais envisagée par les coordinations (avec comme première mesure le non-paiement des factures délectricité, au motif quelles incluent une taxe perçue par ta télévision détat). Et lon peut penser quen se transformant en projet positif de sécession, le mouvement anti-étatique des assemblées va retrouver devant lui toutes ces tâches qui incombent à un pouvoir insurrectionnel et quil a refusé jusquici dassumer, un peu à la façon des anarchistes espagnols en 1936. Aucune fraction du pouvoir nétant manifestement prête à prendre le risque dune répression ouverte, il est en effet fort possible quun statut dautonomie, sur le modèle de lEspagne post-franquiste, soit finalement accordé à là Kabylie : il ny a guère dautre issue institutionnelle à la crise, et outre que celle-là est la plus présentable à létranger, elle est susceptible de rallier sur place tout le personnel politique qui nattend que cette occasion. (Si le F.F.S. saffaire surtout à organiser en Kabylie les ennemis des assemblées, le R.G.D., fidèle à son passé et trop discrédité sur place pour ce genre dopérations, mise quant à lui sur un accord négocié avec les "décideurs" et concédant lautonomie : Sadi se voit déjà en Jordi Pujol de cette Catalogne-là.) Ceux qui se préparent à diriger une Kabylie autonome ont évidemment, comme le répugnant Ferhat Mehenni qui lui donne pour programme de devenir "la Californie de toute lAfrique", des ambitions et des buts radicalement opposés à la tendance profonde des coordinations. Et Si cest bien ce scénario dune "politique kabyle" qui prévaut à Alger (le pouvoir renouant ainsi, sur ce point également, avec les méthodes de la colonisation>), les assemblées ne pourront reculer plus longtemps, sauf à abdiquer totalement en acceptant de sintégrer à un appareil détat "régionalisé", devant la tâche de défendre leur propre autonomie en létendant à tout ce quelles ont jusquici laissé de côté. Cest en particulier la question des vraies richesses, sommairement évoquée dans la plate-forme dEl-Kseur par le refus de la "clochardisation" et de la "paupérisation", quil leur faudra alors élucider, en comprenant en quoi le développement économique, non seulement ne met pas fin à la "paupérisation", mais la précipite en y ajoutant de nouvelles misères. Tout est encore possible aux assemblées de Kabylie, y compris den arriver là.

En France, linsurrection algérienne a été plus ignorée quincomprise, et plus encore quignorée, spontanément méprisée, la fausse conscience ne voyant rien là dintéressant, tout occupée quelle est à scruter les "phénomènes de société" quon met en scène à son intention. Quant aux intellectuels, dont certains délégués avaient la naïveté de croire quils pourraient aider à faire connaître le mouvement à létranger, ils se sont bien gardés den dire quoi que ce soit. Sans parler des Glucksmann et des Bernard-Henri Lévy, zélés propagandistes de lanti-islamisme des généraux algériens, on nentendit pas beaucoup ce Bourdieu dordinaire si bavard sur les "mouvements sociaux", et qui a tout de même commencé sa carrière en prenant les Algériens, et les Kabyles en particulier, pour objet de sa science sociologique. Le fond de labjection fut atteint avec naturel par Sollers affirmant que toute "dignité humaine" nétait quillusion (spectaculaire bien évidemment), puisque de toute façon personne nallait se "mobiliser pour défendre la révolte kabyle" (Le Journal du Dimanche, 27 mai 2001).

On peut conserver lambition de ruiner ces syllogismes de lacceptation. Mais pour linstant les insurgés dAlgérie sont seuls, plus seuls que ne lont jamais été des révolutionnaires dans le passé.
PLATE FORME DE REVENDICATIONS DEL KSEUR
Du 11 juin 2001

Nous, représentants des wilaya de Tizi-Ouzou, Bgayet, Bouira, Boumerdes, Sétif, Bordj Bouareridj, Alger et le Comité collectif des Universités dAlger, réunis ce jour 11 juin 2001 à la maison de jeunes Mouloud Feraoun dEl Kseur ( Bgayet), avons adopté la plate forme commune suivante :

1. Pour la prise en charge urgente par lEtat de toutes les victimes blessées et familles des martyrs de la répression durant les événements.

2. Pour le jugement par les tribunaux civils de tous les auteurs, ordonnateurs et commanditaires des crimes et leur radiation des corpsde sécurité et des fonctions publiques.

3. Pour un statut de martyr à chaque victime de la dignité durant cesévénements et la protection de tous les témoins du drame.

4. Pour le départ immédiat des brigades de gendarmerie et des renforts des CRS.

5. Pour lannulation des poursuites judiciaires contre tous les manifestants ainsi que lacquittement de ceux déjà jugés durant ces événements.

6. Arrêt immédiat des expéditions punitives, des intimidationset des provocations contre la population.

7. Dissolution des commissions denquêtes initiées par le pouvoir.

8. Satisfaction de la revendication Amazigh dans toutes ses dimensions (Identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle) sans référendum et sans conditions et la consécration de Tamazight en tant que Langue Nationale et Officielle.

9. Pour un Etat garantissant tous les droits socio-économiques et toutes les libertés démocratiques.

10. Contre les politiques de sous développement, de paupérisation et de clochardisation du peuple Algérien.

11. La mise sous lautorité effective des instances démocratiquement élues de toutes les fonctions exécutives de lEtat ainsi que les corps de sécurité.

12. Pour un plan durgence socio-économique pour toute la région de Kabylie.

13. Contre TAMHEQRANIT( HOGRA) et toute forme dinjustice et dexclusion.

14. Pour un réaménagement au cas par cas des examens régionaux pour élèves nayant pas pu les passer.

15. Institution dune allocation chômage pour tout demandeur demploi à hauteur 50%SNMG.
NOUS EXIGEONS UNE REPONSE OFFICIELLE, URGENTE ET PUBLIQUE A CETTE PLATE FORME DE REVENDICATIONS
ULAC SMAH ULAC LE COMBAT CONTINUE
Préambule

Du printemps noir 2001, ayant entraîné des dizaines de morts et des centaines de blessés, est né, dans la douleur, le Mouvement Citoyen. Lassassinat prémédité du jeune lycéen GUERMAH Massinissa dans lenceinte de la brigade de gendarmerie de BENI DOUALA et lenlèvement des collégiens dAMIZOUR, nest que létincelle qui a ébranlée toute la société longtemps bafouée dans sa dignité et ses droits légitimes.

Le régime totalitaire, avec sa gestion bureaucratique, a produit les frustrations de notre jeunesse marginalisée.

Le déni identitaire et linguistique, le ras le bol généralisé, létouffement de toutes les libertés , limpunité et la Hogra institutionnalisées , le chômage endémique, sont autant de facteurs ayant poussé la jeunesse à se soulever .

Le pouvoir fidèle à ses pratiques machiavéliques depuis lindépendance, sest rendu encore une fois coupable des événements dramatiques du printemps noir 2001 de la Kabylie , assumera seul la pleine et entière responsabilité du drame .

Le mouvement citoyen dessence démocratique et résolument pacifique , mobilisateur et émanant des profondeurs de la société, transpartisan , autonome, se refusant à toute forme dallégeance ou substitution aux formations politiques et aux institutions de létat , tirant les leçons du passé, réaffirme son engagement et sa détermination à honorer le sang des martyrs et des victimes et à faire aboutir la plate forme de revendications dEl Kseur.

Afin de contrer linterprétation fallacieuse, réductrice et tendancieuse de cette plate forme de revendication , et devant les tentatives vaines du pouvoir de travestir son esprit et sa portée , en la vidant de son sens par des procédés sournois , allant jusquà se trouver une pseudo délégation de " négociateurs " au service de leurs seuls intérêts .

Lexplicitation de la plate forme dEL Kseur qui suit, fait apparaître clairement la portée authentique à la hauteur des espérances de ses martyrs et des citoyens .

Le sang de nos enfants ne fera lobjet daucun marchandage et le sacrifice suprême consenti ne sera pas vain .

Face aux multiples actions locales et nationales entreprises pacifiquement par des millions de citoyens en vue de faire aboutir les revendications légitimes , le pouvoir a répondu par des répressions sanglantes et meurtrières, par lusage de son arsenal de guerre et de pratiques diaboliques allant jusquà vouloir dresser une partie du peuple algérien contre une autre.

Devant la forfaiture du pouvoir qui reste sourd aux revendications légitimes, le mouvement citoyen prend à témoin lopinion publique nationale et internationale et exige une réponse officielle favorable urgente et publique à la plate forme de revendication dEl Kseur adoptée le 11 juin 2001 et explicitée à Larbaa nath-irathen le 31 octobre 2001 .
CHAPITRE I
REPARATIONS DUES AUX VICTIMES DU PRINTEMPS NOIR 2001 (REF : 1,3,5,14)

1. Pour le Pour la prise en charge urgente par lEtat de toutes les victimes blessées et familles des martyrs de la répression durant les événements.

3.Pour un statut de martyr à chaque victime de la dignité durant ces événements et la protection de tous les témoins du drame.

5.Pour lannulation des poursuites judiciaires contre tous les manifestants ainsi que lacquittement de ceux déjà jugés durant ces événements.

14.Pour un réaménagement au cas par cas des examens régionaux pour élèves nayant pas pu les passer.

Exigeons de lEtat la reconnaissance officielle et publique de ses responsabilités unilatérales, pleines et entières dans les événements du printemps noir 2001 par :

Lobligation de réparations morale et matérielle vis à vis de toutes les victimes et ayants droit.

Le statut de martyr pour toutes les victimes ayant succombé durant et suite aux événements.

Le statut dinvalide ou de mutilé pour toutes les victimes blessées dans leur chair , meurtries ou traumatisées.

Une juste réparation pour tous les préjudices matériels et moraux subis par la population.

Annulation de toutes poursuites à lencontre des manifestants et prononciation dun non lieu au profit de tous les manifestants mis en cause.

Prise en charge médicale par létat de toutes les victimes et remboursement des frais engagés au profit des familles et de la collectivité.

La protection assortie de garanties publiques et juridiques de tous les témoins du drame.

La prise en charge pédagogique et psychologique des élèves dont la scolarité est perturbée suite aux tragiques événements
CHAPITRE II
REPARATION PAR LE CHATIMENT ET LA SANCTION (REF : 2,4,6,7)

2. Pour le jugement par les tribunaux civils de tous les auteurs, ordonnateurs et commanditaires des crimes et leur radiation des corps de sécurité et des fonctions publiques.

4. Pour le départ immédiat des brigades de gendarmerie et des renforts des CRS.

6. Arrêt immédiat des expéditions punitives, des intimidationset des provocations contre la population.

7. Dissolution des commissions denquêtes initiées par le pouvoir.

Exigeons de lEtat le châtiment de tous les coupables et responsables avérés à tous les niveaux de commandement dans les événements. Il doivent être radiés de leurs corps respectifs et traduits devant les tribunaux civils.

Les brigades de gendarmerie, de par leurs comportements hors la loi, à lorigine de tous les fléaux tels la corruption, le trafic de drogue, le racket, les intimidations et humiliations, vainement dénoncées, ont fini par se rendre coupables dassassinats délibérés de jeunes innocents, provoquant ainsi une véritable révolte généralisée et légitime des populations.

De ce fait, la présence de ce corps est devenue insupportable, au point dêtre perçue et ressentie comme une agression intolérable aux yeux des citoyens.

Le départ de la gendarmerie et des CRS, simpose donc comme un impératif incontournable.

Par ailleurs, toutes ses missions en relation avec la vie civile des citoyens, notamment celles du maintien de lordre et de police judiciaire, doivent être confiées à un corps civil de sécurité de remplacement.

Nous exigeons une commission denquête composée de personnalités indépendantes, intègres et ayant laval des familles des victimes, des blessés et des représentants du mouvement citoyen, en remplacement des commissions initiées par le pouvoir.

Mettre tous les moyens nécessaires, matériels et autres, et lever toutes entraves à léclosion de la vérité sur les assassinats et garantir la libre investigation dans les corps et les établissements concernés.

Nous exigeons lengagement officiel de lEtat à respecter les conclusion de cette commission.

Il est également exigé de cesser toute forme de provocation, représailles, harcèlement, de quelque nature que ce soit et à tous les niveaux, larrêt immédiat des assauts sauvages sur les populations ainsi que les intimidations, provocations et la cessation des violations des domiciles et du saccage des biens privés.
CHAPITRE III
REVENDICATIONS DEMOCRATIQUES ET HISTORIQUES (REF : 8,9,11,13)

8. Satisfaction de la revendication Amazigh dans toutes ses dimensions (Identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle) sans référendum et sans conditions et la consécration de Tamazight en tant que Langue Nationale et Officielle.

9. Pour un Etat garantissant tous les droits socio-économiques et toutes les libertés démocratiques.

11. La mise sous lautorité effective des instances démocratiquement élues de toutes les fonctions exécutives de lEtat ainsi que les corps de sécurité.

13.Contre TAMHEQRANIT (HOGRA) et toute forme dinjustice et dexclusion.

Consacrer officiellement les liens naturels et authentiques du peuple algérien avec son histoire, et lui permettre de vivre dans un Etat démocratique et respectueux des valeurs universelles des droits de lhomme.

Satisfaction de la revendication Amazigh dans toutes ses dimensions identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle. Tamazight langue Nationale et Officielle.

La consécration institutionnelle et constitutionnelle de Tamazight doit se traduire par un statut et des moyens identiques à ceux octroyés à la langue arabe.

LEtat doit sengager à concrétiser cette revendication avant toute consultation électorale.

Consécration et respect de toutes les libertés démocratiques énoncées par la Déclaration Universelle des Droits de lHomme et autres pactes y afférant.

Le libre exercice des libertés démocratiques sans aucune entrave par lapplication effective de toutes les résolutions de la Déclaration Universelle des Droits de lHomme et la levée de toutes les réserves émises par lEtat lors de sa ratification.

La séparation effective des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

Exigeons un plan de lutte contre la HOGRA, la corruption, les passes droit et toute forme de discrimination et dexclusion empêchant lexercice des droits citoyens.

Elaboration dune charte citoyenne en collaboration avec le mouvement citoyen, apte à promouvoir de nouveaux rapports sociaux et assortie des textes juridiques dapplication permettant le plein exercice de la citoyenneté.

Les dramatiques événements de la Kabylie ont démontré limpuissance flagrante des élus et des responsables à tous les niveaux face à lacharnement des gendarmes et au massacre des innocents.

Devant un drame de cette nature, lensemble des institutions doivent se remettre en cause et revenir aux normes citoyennes. La toute puissance des corps de sécurité, limpuissance des organes exécutifs, conjuguées à labsence de tout pouvoir dintervention des instances élues ont conduit fatalement au crime, à larbitraire et à limpunité.

Linstauration de la démocratie et dune large décentralisation effective exigent la prééminence des instances élues sur les instances exécutives et les services de sécurité.

Cest à cette condition, et à cette seule condition que les organisations citoyennes peuvent pleinement participer à la vie de la cité, par un contrôle permanent des affaires publiques, pouvant aller jusquà la remise en cause du mandat électoral et lorganisation dune nouvelle consultation populaire, consacrant ainsi la démocratie à la base.
CHAPITRE IV
REVENDICATIONS SOCIO-ECONOMIQUES (REF : 10,12,15)

10. Contre les politiques de sous développement, de paupérisation et de clochardisation du peuple Algérien.

12. Pour un plan durgence socio-économique pour toute la région de Kabylie.

15. Institution dune allocation chômage pour tout demandeur demploi à hauteur 50%SNMG.

De larges pans de la société vivent aujourdhui en dessous du seuil de la pauvreté, résultat de léchec total des réformes successives initiées depuis lindépendance et expérimentées à contre courant de toutes les aspirations citoyennes.

Le désespoir de la jeunesse, exaspérée, désenchantée, de par la faillite du système éducatif et de lappareil économique, exacerbé par léchec de tous les mythes entretenus à dessein pour servir des intérêts occultes, ont plongé des générations entières dans la désolation et dans la précarité, entraînant ainsi la destruction du tissu social et des valeurs universelles.

Des droits socio-économiques qui garantissent la préservation de la dignité humaine, une vie décente et digne pour tous les algériens.

La refonte du système éducatif, résolument tournée vers la modernité, les valeurs universelles et républicaines, en substance, il faut revenir à lenseignement des matières scientifiques dans la langue véhiculaire en vigueur, et bannir tout programme dendoctrinement religieux.

Cette refonte doit intégrer une politique de formation professionnelle et dinsertion socioprofessionnelle durable en mesure de protéger cette catégorie, particulièrement vulnérable contre les fléaux sociaux.

La réhabilitation du citoyen algérien passe par la connaissance de son histoire millénaire et authentique.

La consécration dun Etat de droit exige la séparation des pouvoirs, et une indépendance de la justice qui garanti légalité des citoyens devant la loi, sans aucune distinction, en particulier légalité entre lhomme et la femme dans tous les domaines.

La relance économique capable douvrir des horizons prometteurs pour la jeunesse doit répondre aux exigences des normes internationales tel que le week-end universel. Elle exige une juste répartition des richesses nationales orientée vers une politique économique créatrice de richesses et productive, assortie de mesures dinsertion telle la mise en place dune allocation chômage et daide à la recherche de lemploi à hauteur de 50% du SNMG.

La situation actuelle de la région appelle un plan socio-économique durgence.

Les perspectives de développement doivent être adaptées aux spécificités de la région, et privilégier les infrastructures de base jusque là délaissées et lever les entraves bureaucratiques et introduire des instruments juridiques concrétisant les investissements productifs et créateurs demploi.

Un plan de développement régional efficient implique la mise en place de mesures incitatives performantes, une politique fiscale appropriée.

Après la satisfaction pleine et entière de la plate forme de revendication dEl-Kseur, la mise en uvre des solutions doit avoir laval du mouvement des Aarchs, Dairas et Communes, partie prenante dans les applications.

Explicitation et adoption à Larbaa-Nath-Irathen le 31/10/2001
ULAC SMAH ULAC LE COMBAT CONTINUE

Jaime Semprun

P.S. Site web de la Coordination des Aarchs, Dairas et communes :
http://membres.lycos.fr/aarchs/